Suite…

La prochaine, c’est maintenant!

Il y a une quinzaine de jours, je te laissais, lecteur, à la fin de la ligne d’un premier paragraphe, mais surtout peut-être au début d’une lecture.

Que doit-on considérer, la fin d’une chose ou le  début d’une autre?

Travailler sur soi est sans doute faire les deux, se poser à la fois dans un début de vision, c’est à dire oser, (oui, oser) penser sa vie à partir de son présent en l’orientant vers un futur désiré ou désirable, et accepter de faire le deuil, d’abandonner les anciennes habitudes de penser et de se comporter.

je note les deux, car souvent nous en restons à un futur désirable sans oser le désirer. Il y a je pense une raison à cela: Désirer c’est se poser au cœur même de notre manque. Donc oser considérer le fait que je suis un être de manque et pas un être repu, comblé, entier à priori, pour ainsi dire comme un nourrisson qui serait repu, mais me trouver, m’observer là  manquant et pourtant vivant.

Pourtant? C’est je pense du fait même que je peux me considérer manquant que je me sens désirant, vivant.

Soit, mais désirer quoi?

Excellente question! Et là, à cette question même commence le chemin. Je définis vers quoi j’ai envie d’aller, ce que je vise, les valeurs qui me sont importantes et me structurent, et donc, je fais le deuil de ce qui pourrait emplir ma vie et dont je sais que ce n’est que le désir de l’autre, et pas le mien.

« Sois comme ceci, sois comme cela… »

Et moi, j’ai le désir  de quoi?

Qui ais-je envie d’être pour pouvoir m’accepter à mes propres yeux, pour pouvoir vivre en bonne intelligence avec moi-même, pour pouvoir développer la confiance en ce que je suis, pour pouvoir m’aimer?

Et ensuite, me livrer à cette vie magnifique et pleinement satisfaisante: Être suffisamment proche et conscient de moi pour aimer l’autre sans rien demander en retour.

Aimer l’autre parce qu’il, elle est autre.

Parce que l’aimer me fait me sentir humain!

 

Bon, ça c’est pour bientôt, c’est pour le futur, c’est encore en grande partie de l’inaccompli!

Comment j’avais rencontré l’idée? Ah oui! : « Tu aimeras l’autre comme toi même ».

Donc, m’accepter tel que je suis, avec mes manques et mes pleins, pour être en chemin, pour avoir confiance en moi, pour ne plus, non, pour souffrir moins…

Et pour cela, je retrouve le travail possible sur les peurs, avec le grand-père et Pierre…

 

TRANSMISSIONS 2

 

L’enfant fronçait les sourcils, à l’évidence, il ne comprenait pas tout, les images se bousculaient en lui ; ses jambes se balançaient d’avant en arrière, tentant semblait-il de disperser la tension que les mots du grand-père faisaient naître en lui. L’homme le regardait du coin de l’œil et décida de poursuivre.

– Au début, le jardin que tu étais n’avait pas de mur autour de lui. Il était ouvert aux quatre vents, à toutes les graines qui passaient et certaines se posaient sur lui.

– Aujourd’hui j’ai des murs ?

Le vieux perçut dans la question l’évidence que l’enfant avait accroché à la métaphore.

– Oui, ils ne sont pas encore très hauts. A mesure que l’on grandit, que l’on apprend la vie, que l’on s’en occupe, les murs s’élèvent et permettent au jardinier de s’occuper de ce qui pousse dans son jardin.

– Grand-père, je suis jardin ou jardinier ?

L’homme sourit ; il se sentait fier d’être avec son petit fils, fier d’entendre les questions de l’enfant qui marquaient son intérêt et son intelligence.

– Les deux, Pierre ; tu es le jardin, tu es aussi le jardinier. Laisse-moi poursuivre, tu comprendras comment cela est possible. La terre du jardin que tu es, est destinée à recevoir et nourrir les graines qui tombent dedans. Une autre partie de toi, que tu connaitras de mieux en mieux à mesure que tu grandiras, est tournée, elle, vers l’acte de cultiver. Progressivement, tu choisiras par toi-même les espèces d’arbres, de végétaux que tu désires dans le jardin que tu es. Tu apprendras aussi à enlever certaines pousses qui viennent d’autres jardins, portées par les vents de la relation, avant qu’elles ne prennent trop d’espace. Année après année, les hommes cultivent ainsi leur jardin, choisissant jour après jour ce qu’ils y mettent, ce qu’ils récoltent, ce qu’ils font pousser pour eux et pour les autres.

Le Grand-père pris la main de Pierre dans la sienne. Il sentait que cela faisait beaucoup pour l’enfant, mais, celui-ci d’une pression de sa petite main l’invita à continuer.

– Nous sommes tous des jardins et il pousse en nous des végétaux dont les graines partent avec le vent et se posent là où le vent les laisse, dans d’autres jardins. Également, dans des jardins tout proches du tien, poussent des arbres qui quelquefois font tomber des fruits de leurs branches dans ton jardin. Sais-tu ce que font les fruits quand ils tombent à terre ?

Non, mais je sais que nous les ramassons et que maman en fait des compotes.

– C’est vrai, et quand nous ne les ramassons pas, ils pourrissent et les pépins qui sont à l’intérieur entrent dans la terre et germent et bien plus tard, elles donnent naissance à un nouvel arbre. Alors cet arbre grandit, donne des fruits et ainsi de suite.

– Magnifique ! Il y aura de plus en plus d’arbres fruitiers !

– Oui, c’est magnifique quand l’arbre donne de beaux fruits, bons à manger ; quelquefois pourtant, l’arbre donne des fruits amers, désagréables pour la consommation ; alors, ces arbres se multiplient de jardin en jardin et le risque est qu’ils envahissent tout si on ne les enlève pas.

– Que faut-il faire Grand-père ?

– Dans cette histoire, chacun apprend année après année à s’occuper de son propre jardin. Notre vie consiste à jardiner, à entretenir ce bout de terre que nous sommes si nous pensons à nous comme jardins, qui nous est confié si nous pensons à nous comme jardinier. Depuis que tu es né, comme tu ne savais pas encore t’occuper du jardin que tu es, ce sont tes parents, les adultes autour de toi, qui se sont occupés de semer certaines graines indispensables à la beauté du jardin, et ont aussi enlevé des graines qui venaient portées par tous les vents se poser en toi. Pourtant, les graines sont nombreuses, et le travail de jardinage intense, alors, toutes les personnes qui veulent être elles même, apprennent à enlever les graines dont elles ne veulent pas, déraciner des arbres qui prennent trop de place, trop de soleil aux autres. Elles apprennent à enlever les fruits de certains arbres qui poussent tout près des autres jardins pour que les fruits des branches ne tombent pas dans les jardins voisins.

– Tu veux dire que je suis responsable des graines et des fruits qui partent du jardin que je suis et qui iraient dans d’autres jardins ?

– Oui, cela c’est le deuxième niveau de jardinage ; d’abord enlever les graines et les végétaux dont tu ne veux pas, ensuite te préoccuper de ce qui pousse dans ton jardin afin que les éventuels fruits amers n’aillent pas pousser dans les jardins autour de toi.

– Je dois y travailler tout le temps ?

– Oui, c’est notre condition d’humains-jardins. Nous avons à cultiver la terre que nous sommes, à enlever ce qui y pousse et dont nous ne voulons pas. C’est le plus facile, mais aussi et surtout faire en sorte que ce qui pousse encore dans le jardin et qui est nocif n’aille pas contaminer les autres jardins. C’est encore notre devoir.

– Pourquoi dis-tu que c’est plus facile d’enlever les pousses qui viennent des autres et plus difficile d’empêcher ce qui vient de soi d’aller contaminer les autres jardins ?

– Parce que nous pensons souvent que ce qui pousse en nous est toujours bon, naturellement. Nous nous habituons à la présence de certaines plantes pourtant désagréables à manger où coupantes, ou qui produisent des odeurs affreuses. Nous croyons que tout ce qui est nous est bon. Si nous nous plaçons du point de vue du jardinier d’à côté, nous comprenons vite que son jardin est différent. Ce qui pousse en nous et ne nous gêne pas trop pourrait être destructeur pour l’autre. Alors, nous faisons très attention à ce qui vient de nous et va vers l’autre. Nous enlevons avant maturité des fruits qui autrement pourraient tomber chez le voisin.

– Que fait-on avec ces arbres qui donnent des fruits dangereux ?

– Il nous faut quelquefois de longues années pour nous en occuper, les déraciner. Souvent leurs racines descendent très profondément dans le sol, et avant d’enlever ces arbres pour en faire du feu et se réchauffer, ils…

– Ils peuvent nous réchauffer ?

– Oui, le bois est du bois ; il faut juste savoir que ce qui est bon pour faire du feu, ou servir à la construction, ou faire des meubles n’est pas forcément bon à manger. C’est pour cela que notre attention doit être mise à plusieurs endroits à la fois, se préoccuper de ce qui vient de nous et pourrait envahir de manière nocive les autres jardins, et creuser pour enlever jusqu’au bout les racines de façon à ce que l’arbre ne puisse plus repousser, repartir. Et de plus, savoir s’entourer de murs, pas trop hauts, pour que les autres puissent voir la beauté de ton jardin, mais suffisamment pour éviter que trop de choses venant d’autres entrent en toi.

– C’est beaucoup de travail…

– En fait, ce n’est pas seulement le mot travail qui convient ; nous pouvons dire que c’est vivre, s’occuper de soi, de ce qui pousse en nous, et s’occuper aussi de ce qui vient de nous et va vers les autres.

– Quand même, cela fait beaucoup !

L’homme comprit que toute cette histoire, toutes ces informations tournaient en sarabande dans la tête de son petit-fils. Ce récit faisait effectivement beaucoup. Il savait que tout ne pouvait pas être raconté en une fois. Si l’automne commençait, l’hiver n’était pas encore là et ils avaient du temps.

– Sais-tu, nous allons faire quelques pas et allons doucement penser à rentrer. Demain je reviendrai sur cette histoire, d’une autre façon.

– Nous reparlerons de jardins ?

Oui, pour les quitter et parler de ce qui y pousse, de comment en faire des lieux de beauté et de vie ».

La lumière du jour était presque entièrement partie. Au bout de l’allée, la fenêtre éclairée de la maison les invitait vers le chaud, le doux, la soirée tranquille. Le regard du grand-père avait cette lueur particulière, presque lointaine, cette lueur qui vient des espaces infinis qui ne se contemplent que lorsque l’on est paisible. Ils se levèrent lentement, l’homme plus lentement que l’enfant, et, doucement, se mirent en marche vers la maison ; le chat leva la tête, les regarda, puis, s’étira longuement avant de les suivre.

Les chats sont sages, ils prennent le temps de s’étirer avant de mettre une patte devant l’autre…

 

A la prochaine!

 

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