suite 4

Salut,

Cela fait quelques semaines, (quelques mois?) que je n’étais (re)venu sur le site, laisser un ou deux paragraphes de cette histoire que je déroule avec la possibilité d’être lu, ou pas!

C’est toujours aussi amusant, presqu’enthousiasmant d’écrire ainsi sans savoir si je suis lu. C’est une sorte de face à face avec moi que je fais devant un possible public. Il y a là une situation étrange que je vis avec une sorte d’excitation intellectuelle.

… »transmettre »  sans connaître les éventuels lecteurs, sans savoir même s’il y en a, transmettre peut-être au travers du temps,  à des lecteurs à venir.

A situation nouvelle, possibilités nouvelles.

J’attends paisiblement l’effet que cela pourrait me faire, que cela pourrait susciter au cœur de ma pensée.

Alors, on verra pour la suite? (de l’effet de l’enthousiasme sur la manière de penser, et ça, ce n’est pas rien!)

Allez, on retrouve Pierre, son grand-père, et Plume le chat.

 

Ils se relevèrent, et, toujours accompagnés du chat, continuèrent sur le sentier du bois.
La lumière changea à mesure qu’ils s’enfoncèrent sous les branches.
– Grand-père, quel est le rapport entre ce que tu as dit des jardins que nous serions et la forêt ?
– La forêt est un endroit à dominante végétale. Les arbres se régulent par eux-mêmes. Regarde, il y a des endroits plus touffus que d’autres. Il y a des endroits où l’herbe trouve à pousser. Pourtant tous les arbres ont de la place, et vois, autour des arbres il y a des endroits où poussent des jeunes arbres qui sont nés des graines et des fruits.
– Oui, je vois cela. Qu’y a-t-il à comprendre ?
– Nos pensées sont comme cette forêt : Certains endroits sont denses, certains plus clairsemés. Nos émotions sont comme toute cette végétation qui foisonne partout. Et tu remarques qu’il y a des rochers sur lesquels ne pousse qu’un peu de mousse. Eh bien, il y a en nous des endroits stables, des endroits où, si nous y faisons attention, si nous les recherchons, nous pouvons faire l’expérience d’un grand calme. Comme si nous étions assis sur un rocher, immobile, tranquille. Mais de cela, nous reparlerons à l’occasion. Sache seulement que quand tu as l’impression que tout foisonne en toi, va vite, est trop dense, il te suffit de rechercher les endroits paisibles pour que tout se calme. »
Ils montèrent sur une roche haute de quelques mètres et restèrent debout à regarder autour d’eux. Ils tournaient lentement, main dans la main, les yeux allant des frondaisons, suivant les troncs et s’attardant au sol.
– « Sens la stabilité de ce rocher ; sens combien il fait partie intégrante du sol ; à travers tes pieds, tu peux percevoir la pulsation de la terre, sa vie.
Pierre était comme engourdi, son attention tournée vers ses sensations.

Sa respiration s’était faite plus ample, plus lente. L’homme le regardait du coin de l’œil.
– Ecoute, tu entends la terre ?
Les yeux de l’enfant s’embuèrent.
– Grand-père, je suis bien.
– Souviens toi, et maintenant, rentrons.
A la lisière du bois, en arrivant vers le pont, ils retrouvèrent le chat qui les attendait. Ensemble, ils marchèrent lentement vers la maison et le repas.

Quinze années se sont passées.
Pierre se souvenait de ces jours d’entrée progressive dans l’hiver où jour après jour, son grand père lui avait distillé une connaissance, sa connaissance sous une forme métaphorique. Aujourd’hui, il ne regardait plus les jardins comme les regardent ceux qui n’y voient qu’un endroit de terre où poussent des végétaux. Pour lui, chaque être humain était un jardin, et chaque jardin une terre à connaitre, à interpréter, à respecter.

Qui s’en occupait ? Comment ? Il se souvenait de ce jour où Plume ne les avait plus suivis. De ses larmes de tristesse, mais aussi de son espérance dans le renouveau de la vie.
Il se souvenait de ce moment il y avait maintenant cinq ans où son grand-père lui avait dit « au revoir ». Pierre tenait la main du vieil homme et ressentait au-delà de la faiblesse de la main, la puissance de l’homme. Son grand-père avait fermé les yeux après l’avoir attendu, après lui avoir délivré une ultime parole :
– « Souviens-toi de ce qui construit ta force. Apaise chaque jour ton cœur. Un jour, tu pourras, quelque soient les circonstances, y retrouver le calme, la paix dont tu as besoin. Cette paix de ton cœur calmera les mouvements superficiels de tes émotions. Accepte que le chemin nécessite du temps pour être accompli. »
Pierre était là et ses larmes coulaient. Il avait le sentiment qu’il écoutait son grand-père tout en baignant son âme. Il pressentait qu’il tenait ainsi son âme sur les fonts baptismaux de la Vie ; que ses larmes qui n’étaient pas douleur mais amour, manifestaient le courant d’énergie qui passait de son grand père à lui. Pierre ne disait rien, il écoutait seulement le bruissement du souffle qui va et qui s’en va. Il ouvrait sa mémoire à chaque seconde de ce temps, sachant qu’il était parmi les hommes qui ont la chance d’accueillir quelque chose de l’expérience de l’autre. Qu’il était riche des dons de son grand-père, et que cette richesse augmenterait à mesure qu’il en ferait don lui-même. Il prit la décision que cela ne pouvait lui appartenir en propre ; que cela ne pouvait être qu’en tant que ce serait partagé, et que en partageant, il ferait fructifier les fruits de son jardin, ces fruits-là. Il fit l’expérience d’être sans exister. Il vécut cet instant magnifique où son « petit moi » se tenait en arrière de sa conscience afin de la laisser s’imprégner de l’essentiel.
Son grand-père s’éteignit, et une veilleuse s’alluma dans son cœur.

 

 

L’entrée dans une vie d’homme

Pierre a vingt-cinq ans. C’est un homme jeune qui semble particulièrement enraciné et stable dans la vie. Il vit dans une ville universitaire et termine des études de psychologie. La pensée de Freud et celle de Lacan l’ont nourri, et il a ajouté à l’étude de ces auteurs celles de quelques philosophes. Il se sent attiré par cette autre forme de pensée qui est plus, et de manière plus évidente, tournée vers la connaissance de soi. L’étude de la métapsychologie a été éclairante, cette connaissance de l’esprit a même un temps semblé répondre à toutes les questions qu’il se posait. Pourtant, la dimension humaine, humaniste qu’il avait sentie présente dans toutes ses rencontres avec son grand-père en était absente. Le grand souffle qui habitait le vieil homme, il ne l’avait pas trouvé dans les auteurs qu’il avait lus. Il sentait en lui qu’il lui manquait quelque chose ; La dimension affective ? Non, c’était bien au-delà du fait de la relation proche qu’il avait eu avec son grand-père. C’était dans la manière même de penser que cela se situait. Chaque jour, Pierre revenait à cette réflexion et à la nécessité qu’il sentait de construire à côté de son savoir sur la psychologie, plus qu’un savoir, une expérience de la philosophie, une connaissance. Il y avait cette perception, une sensation corporelle que ce que lui avait dit, jour après jour son grand-père était enraciné dans une expérience de la vie, une intégration harmonieuse de sa manière de penser et de vivre, une congruence. Son grand-père avait été un modèle d’homme intégré, autonome et libre. Souvent Pierre souriait dans les discussions qu’il pouvait avoir avec ses amis quand ils abordaient des thèmes comme la liberté, l’autonomie, la vie. Ses amis ne le comprenaient pas, comme si Pierre avait accès à une manière de penser et de vivre qu’ils ne connaissaient pas. Pas encore ? Dans ces moments, Pierre mesurait combien la fréquentation de son grand-père avait été importante. Les promenades, les conversations avaient agi comme un révélateur et un accélérateur de sa maturation. Elles l’avaient profondément marqué et Pierre avait cette capacité à passer d’une chose à l’autre et de voir les liens qui unissaient les éléments de connaissance. De fait, sa pensée se déployait tenant entre elles les choses plutôt que les séparant. Il comprenait qu’il avait fallu séparer les éléments pour les étudier, mais il n’avait pas encore compris pourquoi la mise en perspective n’était pas plus souvent enseignée. Il allait ainsi d’étude en étude, de relation en relation, en prenant bien soin de se donner des temps d’intégration. Il pratiquait une méthode de méditation. Il lui avait fallu trouver une technique pour regagner cette sensation qu’il avait perçue quelque fois avec son grand-père quand il percevait en lui la présence de la pulsation de la vie. Il suivait également depuis peu une psychanalyse et s’émerveillait de constater les mouvements de ses affects dans ses rencontres régulières avec le psychanalyste qu’il avait choisi. Il pouvait à la fois vivre à travers la relation les affects et les reconnaitre comme appartenant autant à son histoire qu’au présent suscité par l’analyse. Alors, il les observait et les comprenait. Il avait conscience dans ces moments d’apprendre la nature de ce qui poussait dans son jardin, et de poursuivre l’apprentissage du jardinage, en mettant l’accent sur la décision de porter son attention sur ce qui venait de lui et allait vers les autres, s’appliquant à éviter de confondre ses propres fruits avec ceux de l’autre.
Chaque journée lui apparaissait dense et riche. Il avait su équilibrer les différents temps entre les exercices qu’il pratiquait dès le lever. Quotidiennement, il commençait la journée par un temps d’assise méditative qu’il pratiquait aussi par ailleurs en se rendant au dojo zen une fois par semaine. Puis il prenait quinze minutes pour son taï chi, ensuite, toilette, petit-déjeuner. C’est la lecture de Durkheim qui l’avait amené ainsi à la régularité dans l’exercice. La lecture du Petit Prince de Saint-Exupéry aussi, et en quelque sorte, il donnait rendez-vous au renard chaque jour à la même heure. « Il eut mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens par exemple à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai à être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur…Il faut des rites »
Il n’avait pas tout de suite compris le sens de ce passage, et il avait saisi un sens possible en relisant ce texte, éclairé de la pensée de K.F.G.Durkheim. Cela avait été un moment de joie pure, de compréhension, une interprétation possible d’un texte en lien avec un autre texte. C’est ainsi qu’il s’était exercé jour après jour jusqu’à percevoir au profond de lui-même la valeur de cette manière d’être. Depuis, ce qui apparaissait à certains de ses amis comme quelque chose de fastidieux, de monotone, il le vivait lui, comme la base même de son cheminement. Il soignait la qualité de ses relations. Là, il retrouvait l’enseignement de son grand-père ; chaque relation était l’occasion de manifester cette attention à ce qui venait de lui, à s’empêcher de projeter sur l’autre son monde intérieur. Sa compagne vivait cette relation amoureuse pleinement. Elle se sentait parfaitement en sécurité, trouvant dans la relation le respect et l’amour qu’elle attendait. Dans cette relation, il était particulièrement attentif à respecter et honorer tout ce qui faisait différence avec elle. Il avait fait sienne cette vision de Rilke qu’il avait un jour trouvée au détour d’une lecture : « Il faudra que les deux partenaires deviennent capables d’aimer cette distance qui les sépare et grâce à laquelle chacun des deux aperçoit l’autre, entier, découpé sur le ciel » .
Ses amis appréciaient son ouverture d’esprit et sa fidélité. Ils lui disaient quelque fois qu’il était une sorte d’OVNI dans l’espace de la relation, qu’ils ne comprenaient pas ce qu’ils percevaient comme une capacité à se distancier, à réagir peu émotionnellement, mais que pourtant ils enviaient souvent cette manière d’interagir plus tranquille. Pierre leur expliquait souvent que les grandes émotions étaient bien différentes des grands sentiments, et que pour ce qui le concernait, il tentait de toujours privilégier les sentiments qu’il savait plus durables. Pouvait-il leur expliquer qu’il comprenait progressivement ce que son grand-père lui avait dit : « Dans une relation, il y a toi, il y a l’autre, et le plus important, il y a l’espace entre vous qui est la partie indispensable pour qu’il y ait une relation. De la même manière, Pierre, quand je te parle, il y a les mots et aussi le silence entre les mots sans lequel les phrases n’existeraient pas ». C’était à cette période qu’ils avaient agrémenté leurs promenades de longs moments où ils prenaient conscience du silence, présent en tout, de ce que son grand-père nommait la dimension matricielle de la vie.
Deux enfants sont nés dans le couple formé de Pierre et sa compagne Justine. Comme parents, Ils ont expérimenté l’espace qui se trouve entre la théorie de l’éducation et sa pratique et il n’a pas été facile de superposer la théorie, la pensée de l’éducation et sa manifestation dans la relation. C’est à cette occasion qu’ils ont pu mesurer que les affects, les émotions créaient des complications à l’application de ce qu’ils pensaient juste pour leurs enfants. Progressivement, le réel de la parentalité est venu éclairer la nature des difficultés qui existent dans cette relation singulière entre parents et enfants. Ce fut pour lui une autre occasion de revisiter la relation qu’il avait avec ses parents, de mieux la comprendre, et, à travers cette compréhension, d’approcher la singularité, l’altérité de ses parents, de les aimer différemment.
Pierre avait à cœur, comme le lui avait enseigné son grand-père de vivre le plus en cohérence avec ses valeurs. Il s’était ainsi forgé une éthique qui lui servait de limites, de garde-fou pour éviter de contaminer ses relations avec les autres ; ainsi, il avait conscience de s’occuper de son jardin, et surtout de ce qui pouvait passer de son jardin à celui des autres, de ses projections. Il avait également une grande attention à ce qui venait des autres vers lui, s’attachant à reconnaitre les projections des autres et à ne pas les considérer comme des vérités sur lui. Il tentait de vivre au plus près de cet aphorisme de Wittgenstein : « La solution du problème que tu vois dans ta vie, c’est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème » .
Ainsi allait sa vie. Après son diplôme de clinicien il travailla dans un service de psychiatrie au sein d’un hôpital. Le fait d’accompagner de nombreuses personnes à structure psychotique l’ouvrit encore plus à la notion d’altérité. Il apprit de ses patients toute la souffrance qui peut naître de l’impossibilité de se vivre différent des autres, au point de devoir les nier dans leur existence. Ce déni de la singularité, cette impossibilité à la subjectivité qu’il côtoya de nombreuses années affermit en lui son orientation vers tout ce qui pouvait aider à un positionnement de la personne. Avec ses patients, il approcha souvent la peur profonde, la terreur à vivre qu’ils manifestaient. Cela le marqua durablement ; cela positionna de plus en plus sa recherche vers tout ce qui pouvait être une possible réponse à ces douleurs. Si la méditation l’aidait, elle pouvait aussi les aider eux. Il percevait en lui qu’une approche analytique ne pouvait être son seul mode de compréhension. Il se forma à la thérapie cognitivo-comportementale, qui à ce moment-là avait plutôt mauvaise presse dans son milieu. Il partageait autant qu’il pouvait sa vision avec ses collègues, et se confrontait souvent à l’idée de différence qui à la fois orientait sa pensée, et le freinait dans un travail d’équipe. Pierre se résolut à quitter l’hôpital et ouvrir un cabinet de consultation.
Les débuts furent difficiles, et bien des séances de supervision furent consacrées à l’accompagnement de ses nouveaux patients.
Et puis, les années passant, son cabinet prit de l’importance, et après une quinzaine d’années de pratique, il eut l’occasion de participer à des congrès, et fut sollicité pour participer à l’enseignement de thérapeutes dans une école. Là, il multiplia les expériences d’enseignement, et du fait de la présence dans plusieurs pays de cette école, il put travailler avec plusieurs groupes d’étudiants dont la pensée avait été structurée différemment, par une autre culture, par un autre cursus.
Il apprit à nouveau beaucoup de ces échanges, expérimenta la joie d’être écouté dans les congrès, put développer petit à petit la singularité de sa pensée, de son approche. Il changea d’école pour affiner encore quelques espaces de sa pratique, mettant en pratique l’adage qui veut que la meilleure manière d’apprendre est d’enseigner. Il donna de nombreuses conférences et expérimenta cette situation où la présence marquée de la fonction de conférencier lui permettait de dérouler sa propre vision des choses. Vers la cinquantaine, il devint superviseur de ses jeunes collègues.
Cabinet de thérapie, enseignement, conférences, supervision… Professionnellement il lui semblait qu’il manquait quelque chose. Il restait frustré d’une dimension qu’il percevait en lisière de sa conscience. Si sa vie personnelle lui faisait vivre des moments de plénitude, il sentait qu’il lui restait un espace de l’accompagnement à explorer, et que non seulement il le désirait, mais que c’était devenu une nécessité.
La pensée de son grand-père le visita beaucoup dans cette période ; il sentait qu’il devait s’extraire de quelque chose pour accéder à autre chose. C’est en forêt, au cours d’une promenade qu’il comprit qu’il lui était indispensable à présent de se détacher d’une forme d’accompagnement, une forme convenue en quelque sorte pour un accompagnement différent.
Et ce fut le début de l’expression de ce qu’il avait préparé depuis tant de temps et qui avait débuté avec les promenades avec son grand-père.
Et ce furent les débuts de sa propre transmission.

Bonjour, je m’appelle Pierre, et j’ai maintenant plus de soixante ans.
Progressivement, j’ai formé ma pensée à travers de nombreuses rencontres, dont celle qui je pense a été marquante pour ouvrir ce chemin singulier, celle avec mon grand-père. Jour après jour il m’a appris à regarder au-delà des évidences, à chercher l’essence et le sens des choses. Il m’a enseigné l’intérêt pour une manière de vivre qui permet de vivre au-delà des apparences, plus authentiquement, plus pleinement. Il m’a appris à me tenir en deçà ou au-delà des grands courants émotionnels qui souvent obscurcissent la raison. Il m’a montré combien la peur, la colère et d’autres émotions transforment le réel du présent jusqu’à ramener de la mémoire un temps passé qui vient empêcher toute relation nouvelle, qui tend à pérenniser une structure établie et l’immobilise jusqu’à la mort. J’ai connu avec lui la joie de vivre le présent et d’y trouver la raison même de ma vie. Ni dans le passé, ni dans un futur hypothétique.

Il m’a permis d’expérimenter la joie d’être là, quelquefois pleinement, sans « pourquoi ». Il m’a enseigné que je pouvais empêcher en moi la survenue de certaines pensées qui portent en elles le ferment de la souffrance et de la répétition. Il m’a montré que la frustration que l’on se fait à soi-même n’est pas frustration, mais grandissement, que l’Homme véritable est celui qui sait s’empêcher lui-même de ce qu’il a en lui, qui lutte contre la nature de certaines de ses pensées qui sont plus de l’enfant que de l’adulte.
Tout le long de ce partage, il sera présent à mon côté, non pas dans mon passé, mais dans cette manière de vivre au présent qui m’a permis de traverser les eaux tumultueuses de certaines périodes de ma vie. Il m’a préparé à la fonction d’accompagnant, et si l’université et mes maîtres en thérapie m’ont formé à un corpus théorique, et à une pratique, il a ouvert ma conscience à elle-même, il a été le premier tailleur de pierre, il a posé la première pierre, prélude à la construction de l’homme que je suis.
Après lui, chaque rencontre a été un temps riche d’échange et de grandissement. Grace à lui, chaque occasion relationnelle a pu déployer ses possibles nous offrant, au sein d’elle-même et aux protagonistes en présence, les joyaux qui naissent d’un rapport vrai et réel.
C’est de toutes ces rencontres que j’aimerais parler, et, au-delà de leur contenu, qui ne concerne en vrai que les deux en présence, c’est leur dynamique que je veux évoquer, ce en quoi elles peuvent changer, elles ont changé la manière d’être au monde de ceux qui s’y donnent authentiquement, amoureusement, pleinement.
Egalement comment une rencontre peut générer dans cet espace d’authenticité et de connaissance un changement tel que les deux sont plus humains après qu’avant.
C’est aussi comment, dans la rencontre, nous nous ouvrons au regard et à la pensée de l’autre, pour entendre de lui cette partie de nous-même que nous ignorons, et comment nous lui offrons pareillement notre regard afin qu’il perçoive cette espace de lui-même qu’il ignore.
Et puis, rencontre après rencontre, comprendre et vivre cette dynamique où plus que de connaitre l’autre, je viens à la rencontre de moi-même, et l’autre fait de même, et se connait mieux.
Enfin, aimer ces moments solitaires où, éclairé par la rencontre, se construit doucement l’alchimie de l’être, qui, dépassant les tumultes de l’émotion, la tient liée, et légèrement en deçà de la raison.

Présente, mais à sa juste place.

 

A la prochaine!

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